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Droits de l'homme et droits de l'animal par Georges Chapouthier
ans la majorité des cas, droits de l'animal et droits de l'homme vont de Pair. La raison profonde en est probablement l'unicité de la morale et donc le fait que se comporter avec bienveillance ou méchanceté avec les animaux est, d'une façon ou d'une autre, lié à un comportement bienveillant ou méchant avec les hommes. (...) Si donc les deux types de droits vont de pair, donnons-en ci-dessous quelques exemples précis.
Nous entendrons ici les droits de l'homme dans leur sens le plus général et en y incluant les droits fondamentaux que sont le droit à la vie, à la santé, à l'équilibre mental.
Nous n'insisterons pas sur les aspects liés à l'immatriculation des animaux de compagnie où, clairement, une immatriculation systématique irait à la fois dans le sens de leur protection (réduction des abandons, des mises à mort clandestines parfois très cruelles) en même temps que dans celui d'une amélioration de la santé de l'homme par le contrôle éventuel des maladies.
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PRÉ HI HAN BULLES

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Certes, dans la majorité des pays industrialisés, du fait de la réduction de terribles maladies comme la rage, la nécessité peut paraître moins impérative qu'ailleurs, mais elle persiste. Nous insisterons sur deux exemples qui nous paraissent caractéristiques : celui de l'excès d'alimentation carnée et celui de la chasse.

Prenons, comme premier exemple, le thème de l'alimentation carnée. Bien sûr, une application des droits de l'animal suppose une réduction de celle-ci et une moralisation de l'élevage et de l'abattage. Mais il est remarquable de constater que, pour plusieurs raisons d'ailleurs liées entre elles, l'homme en tirerait un grand bénéfice. (...) L'homme des pays occidentaux mange trop de viande. Il s'ensuit pour lui divers troubles de santé dus, ou bien directement à l'excès même de sa consommation carnée, ou bien indirectement aux polluants de la viande, qu'il consomme avec celle-ci. D'où de nombreuses pathologies, dont les plus fréquentes, du fait que la viande rouge contient beaucoup de graisses animales, sont les maladies cardio-vasculaires. Rappelons que, dans les pays occidentaux, les maladies cardio-vasculaires sont la première cause de mortalité. Un nombre considérable de travaux scientifiques a montré que les graisses animales absorbées en excès jouaient un rôle essentiel dans l'apparition de ces maladies cardio-vasculaires. Mais de nombreux autres troubles, par exemple digestifs, et qui vont de la constipation au cancer du colon, ont pu être liés à une alimentation carnée, très insuffisante en fibres végétales. En ce qui concerne le cancer du colon, de nombreux travaux récents ont permis de mieux comprendre comment l'alimentation carnée intervenait dans le déterminisme de ce cancer. On a pu montrer que les graisses accroissaient la quantité de produits cancérigènes dans la lumière intestinale, mais que, dans un régime équilibré, beaucoup de ces produits étaient précipités par les ions calcium et absorbés par les fibres végétales. La présence dans le régime d'ions calcium (lait) et de fibres végétales aurait donc un effet anticancérigène marqué. On sait aussi que les fibres végétales accroissent la vitesse du transit intestinal et permettent donc aux composés cancérigènes de rester moins longtemps dans l'intestin. On peut donc raisonnablement penser qu'en diminuant sa consommation carnée et en augmentant, ce qui va de pair, sa consommation de fibres végétales, l'homme des pays occidentaux se porterait mieux, ce qui va dans le sens d'un des droits fondamentaux de l'espèce humaine, le droit à la santé, sans lequel l'exercice de la liberté serait illusoire.

Mais le raisonnement ne s'arrête pas là et nous entraîne dans les pays pauvres. Pour nourrir son bétail et s'offrir le luxe de nombreux steaks de bœuf, l'homme des pays riches importe de plus en plus de céréales des pays du Tiers-Monde. Si bien que les protéines végétales des pays pauvres - dont les habitants de ces pays auraient grandement besoin -- servent à nourrir le bétail des pays riches. Ou encore que le luxe qu'est la consommation carnée dans les pays riches ne se traduit pas seulement par des troubles de santé des habitants de ces pays, mais contribue à l'affamement du Tiers-Monde. Nous sommes ici bien loin de la protection des animaux et, pour toutes ces raisons, une réduction de la consommation carnée servirait grandement l'homme lui-même.

Prenons un second exemple avec la chasse. Bien sûr (...) la chasse est contraire aux droits de l'animal. Mais pour l'homme lui-même, elle n'est pas sans répercussions. Cette activité, liée, aux origines de l'humanité, à la survie de notre espèce, est devenue, dans nos pays, une activité purement ludique consistant à tuer ou à blesser un animal pour le seul bénéfice d'un "amusement" de quelques-uns d'entre nous, une activité pour laquelle la survie de l'homme des pays industrialisés n'est en aucun cas en cause. Parallèlement les espèces disparaissent ; les milieux forestiers s'appauvrissent en animaux au point que des repeuplements sont nécessaires en beaucoup d'endroits (...) Ici ce n'est pas directement le droit de l'homme à la santé qui est en cause, mais d'abord celui de vivre dans un environnement agréable. (...)

D'une façon plus générale (...), du fait que la morale est une, on retrouve souvent droits de l'animal et droits de l'homme (ou leurs violations respectives) liés dans les différentes activités de l'homme. Nous avons signalé (...) que les bourreaux d'animaux étaient souvent des bourreaux d'enfants (...) Ce lien très fort se retrouve d'ailleurs aussi dans les "grandes boucheries" organisées par notre espèce, non seulement dans le fait que (...) la persistance des guerres et des atrocités ne suggère pas, bien au contraire, que la violence à l'égard de l'animal diminue la violence des hommes entre eux, mais aussi dans le fait que, bon gré mal gré, l'animal domestique se trouve entraîné dans les mêmes vicissitudes que celles où l'homme se plonge lui-même.

Extraits de : Georges Chapouthier, Les droits de l'animal, Collection "Que sais-je ?", Presses Universitaires de France, Paris, 1992.