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LES ARCHIVES : LES PICOTINS - LES TRÈS RICHES HEURES
'âne Rouge se nourrit aussi de libres propos en tous genres dont il se délecte, ce sont ses Picotins préférés.
Ce parchemin électronique, issu semble-t-il - avec toutes les réserves qui s'imposent en pareil cas - des rives de la Cyber Morte, découvert par on ne sait qui dans une grotte insoupçonnée du WEB, vient d'échouer dans notre boîte.
Nous ne savons évidemment pas quelle valeur d'authenticité attribuer à ce document que l'on soupçonne apocryphe.
Nous vous en laissons juge.
Si quelqu'un d'entre vous peut le dater et/ou en établir l'origine, qu'il nous le fasse savoir : on affichera. C'est dans ce but et dans ce but seulement que nous le mettons en ligne ici.
Il va de soi que ce qui suit n'engage que la responsabilité de son auteur, tout anonyme qu'il puisse être.

L'Âne Rouge

Les Très Riches Heures d'Arie Charogne et Wlad Putrine en croisade contre le Grand Enturbanné et en quête de la Grande Bouche
ù l'on ne sut guère comment faire entrer dans la danse Saint JiPi II, tandis que Pénis le Grand Éructant faisait des siennes en l'hexagone envirussé.

Et où l'on verra en épilogue la fin d'un monde après que la Grande Bouche eut péri étouffée par une arête de poisson comme le fut Yvonne Princesse de Bourgogne, tel qu'attesté par Witold Gombrowicz.

e fut une terrible croisade, la plus épouvantable jamais vécue depuis 7 ou 8 siècles. Antagonisme d'inconciliables auprès duquel les batailles de Titans font figures de parties de mains chaudes, gigantesque lutte plus terrifiante que l'angoisse crépusculaire du combat du jour et de la nuit, plus cruciale encore que la guérilla du Diable harcelant Dieu, ce fut la Grande Guerre exterminatrice du Bien contre le Mal. Cette tragique querelle fut pourvoyeuse de morts et destructions plus que tous les poids lourds couchés sur les chaussées ou brûlant dans les tunnels, que les hécatombes autoroutières, que les éventrations de supertankers dans le rail d'Ouessant, que les rasages de villes par usines Sévéso et tous les carnages génocidaires réunis.
Mais ne faut-il pas commencer par le commencement. Au commencement ce n'était pas vraiment le commencement, pas vraiment le vrai commencement. Mais une forme de commencement secondaire qui se référait en légitimité au commencement initial, le Grand Commencement, le Commencement des commencements avant lequel il n'y avait rien, moins que le presque rien, dont on ne pouvait rien dire de plus car, comme il en est de la Grande Déflagration, il était impossible de s'en approcher davantage.
À ce commencement relatif donc, les Croisés reprochaient au Grand Enturbanné d'être l'Axe du Mal qui, de son côté, traitait les dits Croisés de Grand Satan. Voilà qui n'augurait rien de bon d'une négociation pourtant souhaitée par l'Union des Vieux Mondes, considérée par les belligérants comme une serpillière usagée.
De plus, le Grand Enturbanné, quoique unique, semblait réparti aux quatre coins de la planète qui, pour ne rien simplifier, était ronde. Cette situation géostratégique irritait et oppressait la Grande Bouche, récemment élue, au point de lui déclencher une sévère allergie aphteuse.
Ce Grand Enturbanné, tel l'Hydre monstrueuse du marais de Lerne en Argolide, multipliaient ses têtes de pont. Une tête coupée deux autres repoussaient : une tentait de retirer les dents d'or noir de la Grande Bouche en attaquant le marécage à pétrole, une autre explosait dans un avion, d'autres encore, et jusque sur les terres de la Grande Bouche et de ses amis, craquaient des trains, gazaient des métros, cassaient des tours, perforaient des polygones militaires...
Pendant ce temps, la tête des têtes, cachées dans des trous de désert, jouait du téléphone mobile, proférait des menaces, jetait des anathèmes vidéo, tandis que ses acolytes enveloppaient les femmes dans des chiffons.
Dans un tel climat, la conflagration devenait inévitable. La Grande Bouche ne pouvait accepter de telles choses, elle envoya armes et hommes en croisade pour reboucher les trous du désert lointain, avec recommandation d'éviter les collatéraux.
Cette mission chirurgicale ne donna point certitude que le Grand Enturbanné fut définitivement rebouché : plus d'un collatéral n'est plus là pour en témoigner.

Deux visions, parmi beaucoup d'autres, avaient en fait préludé au Grand Déclenchement :

Avant le lever du soleil et la prière du matin, au cours de laquelle il était accoutumé d'appuyer sur la gâchette le nombre rituel de fois, Arie fut visité, dans son sommeil agité, par un aigle fuchsia à l'œil de jade. Au même instant GMT, où le soleil était déjà levé en raison de la différence de fuseau horaire, un vol de corbeau hors du charnier natal obscurcit le ciel de Wlad, alors qu'il pratiquait pieusement ses éventrations rituelles à matines.

L'aigle dit à Arie :
Yahveh est grand, mais Arie ne l'est pas moins. Il n'y a pas de place pour le reste. Il est donc impératif d'étendre ton ventre au-delà de ta ceinture. Si science sans conscience n'est que ruine de l'âme, ruines de l'Autre sont un bon fumier pour planter la tienne. Allez debout ! Tu en a assez écrasé au lit, va en écraser ailleurs !

Au même instant, Wald pouvait entendre dans le bruissement du vol noir ce message :
La Terre est ronde et ton empire plat. Tu ne peux accepter cette rondeur-là qui contraint ton empire à n'être que tangent. Quelle pérennité espérée fondée sur la tangente ? ! Si la Terre ne s'aplatit, ton empire risque de s'arrondir. Insupportable est l'idée qu'il puisse être tordu, voire cabossé ! Aplatie la planète doit être ! ! Ne prend pas la tangente. Tout doit être orthonormé. Entre en croisade contre toute rondeur indécente. Rappelle-toi le premier commandement : "Au cours de tes ablutions du matin douze femmes enceintes éventreras".

Des prémisses à l'action, il n'y eut que le temps d'un éclair, tout ayant été si pieusement noté en leurs livres d'heures. Matin, midi, soir ainsi qu'en d'autres temps pointés du jour et de la nuit, ils ne manquaient prières, ablutions et autres gestes rituels précisés en leurs bréviaires de liturgie exterminatrice, au prix de quoi était leur accès au Ciel.
Il y eut bien quelques intellectuels des Vieux Mondes pour protester véhémentement et augmenter leurs tirages éditoriaux. Mais ce n'était qu'invectives de papier ou circulations webimorphes. Les gargouillis de Saint JiPi II ne furent guère entendus non plus. C'est alors que Pénis, le Grand Éructant et certains de ses semblables des Vieux Mondes relevèrent la tête et répandirent leur bave de batracien anoure, à tête large, au corps trapu recouvert d'une peau verruqueuse, avec un certain succès. Et les blanches colombes volaient trop bas pour n'en être point atteintes.
Il faut dire que dans le trou du vaste sphincter anal où se trouvait alors le monde, on ne pouvait demander à quiconque d'y voir bien clair.

Ainsi éclata la Grande Guerre du Gruyère. Il s'agit certes là d'un récit métaphorique, non d'une simple sottise mythologique et superstitieuse, mais d'une relation codée, comme il en existe beaucoup d'autres, de la plus stricte vérité historique, comme on pourra s'en rendre compte à la lecture de ce qui suit. Pour qui voudra bien prendre la peine d'en chercher les clés, tout apparaîtra dans l'éblouissement d'une super nova.

Cette gigantesque crise métaphysique éclata donc entre trois religions antagonistes, pourtant issues du même vieux texte porteur d'un dieu unique.
La diatribe se fixa sur des interprétations différentes du texte fondateur posant d'étonnantes questions : Y a-t-il des trous dans le gruyère, ou le gruyère s'organise-t-il autour des trous et à quoi sert la croûte ? Questions ni triviales, ni futiles, aucun texte canonique ne tranchant net sur ces divergences trinitaires. Trois philosophies, entières et différentes, en découlaient : celle du Gruyère Fondémmenthal, celle du Trou Essentiel, celle de la Croûte Révélée. Trois religions, trois cosmogonies, trois civilisations, trois cultures et une guerre !
La troisième nommée ici, quoique seconde chronologiquement, s'estimait la première et le prenait du Très Haut se considérant la seule à posséder la bonne odeur, ce que les deux autres revendiquaient d'une même force. Ce qui ne présageait rien de bon.
Le Grand Livre de la civilisation du Gruyère Fondémmenthal débute : "Au commencement était le Gruyère..."
Les textes sacrés de la culture du Trou Essentiel s'ouvrent ainsi : "Au commencement était le Trou..."
Les Évangiles de la culture de la Croûte Révélée préludent : "Au commencement était la Croûte..."
On imagine bien que ces récits ne pouvaient qu'envenimer les choses.

Prenons le Livre du Gruyère Fondémmenthal : "Au commencement Yahveh créa le Gruyère et le Plein. Le Gruyère était désert et pâteux. Et les ténèbres couvraient le Plein et l'Esprit de Yahveh planait au-dessus du Gruyère...
Le Livre du Trou Essentiel : "Au commencement Allah créa le Trou et le Reste. Le Trou était désert et vide. Et les ténèbres couvraient le Reste et l'Esprit d'Allah planait au-dessus du Trou..."
Le Livre de la Croûte Révélée : "Au commencement Dieu créa la Croûte et l'Odeur. La Croûte était déserte et dure. Et les ténèbres couvraient l'Odeur et l'esprit de Dieu planait au-dessus de la Croûte..."

L'immanence du conflit était inscrite dans ces interprétations fondatrices. Un miracle voulut que, pendant des siècles, les communautés parvinssent à vivre en relative paix. Il y eut bien quelques sauvages soulèvements locaux, mais les dangers extérieurs maintinrent le consensus. La vieille sagesse savait que si trou sans gruyère n'était que ruine et désolation, gruyère sans trou, perte d'image de marque, n'était en fin de compte que désolation et ruine. Quant à l'absence de croûte, cela équivalait à une vulnérabilité sans défense.
Hélas, quand une guerre de religion couve, on peut compter sur les églises pour la faire éclore. Il se trouve toujours un bon prétexte pour la faire tomber du ciel.
Dans la cosmologie du Gruyère était le trou noir, effondrement cosmique qui absorbe tout alentour jusqu'aux rayons lumineux piégés par cette aspiration fantastique. C'est un trou effrayant, négativement connoté, noir.
Dans la cosmologie du Trou était le quasar, source d'énergie merveilleuse, éblouissante. C'est un trou bienfaisant, positivement connoté, blanc.
Dans la cosmologie de la Croûte était la divine cuirasse, la gardienne protectrice des parfums et saveurs.
Comment ne pas comprendre la tragédie que la malveillance tramait sous cette paix précaire. Le gruyère à trous se vendait bien et partout. L'Etat prospère faisait l'objet de convoitises sordides. Des services secrets étrangers fomentèrent cette horrible guerre fratricide, la plus inepte, la plus tragique. Les multinationales furent leur Cheval de Troie. Elles investirent les super marchés, imposèrent une campagne pour un gruyère sans trou.
Ce fut l'éclatement.
Depuis longtemps déjà la communauté du Gruyère Fondémmenthal dominait celle du Trou Essentiel. Elle disposait de tous les postes de pouvoir. Souvent, aux fins de mois, les pauvres du Trou Essentiel étaient contraints d'accepter des gruyères approximatifs sous cellophane et de boucher les trous pour joindre les deux bouts. La Croûte s'en lavait les mains se contentant de ramasser les plus values.
Puis, la santémmenthal fut mise en péril par l'apparition du Comté, le gruyère aux trous rares.
- Mais le comté n'est pas un gruyère ! hurlait toute une population qui ne tolérait pas les étrangers.
La terrible guerre éclata si brutalement qu'elle surprit tout le monde, y compris ceux qui la déclarèrent. Le Très Haut Conseil de Sécurité de l'ONU fut tant saisi qu'il en resta coi.
Massacres, combats de rues, commandos, attentats, prises d'otages, assassinats, répressions, viols de purification, tortures, tonnes de Gruyère tombant dans des Trous d'embuscade, Trous comblés disparaissant. À toutes fins utiles, on envoya les humanitaires.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, l'emblème du Gruyère était une étoile à l'éclat de super nova, le Trou un croissant de lune et la Croûte mettait une croix dessus. Pendant ce temps, elle lisait ses journaux, regardait sa télé, dépêchait, un peu partout sur la Terre, ses envoyés spéciaux qui la tenaient informée de la confusion générale.
Le Nord était allié du Gruyère, le Sud du Trou. Les Asiates déniaient la qualité de trou à toute perforation non bridée. Les conférences internationales à Genève, Vancouver, Tombouctou, Acapulco, au Spitzberg et même au Grand Ensemble de la Périphérie, près de l'Immeuble Neuf de la Banlieue Défavorisée ne servirent de rien, pas davantage les médiations, les bons offices, les œuvres de bienfaisance, les Amnesties et autres Médecins transfrontaliers.
Le génocide était enclenché, il irait jusqu'à l'extermination de l'une et l'autre des communautés. Cette folie aveugle les menait à leur perte totale. La victorieuse ne survivrait pas longtemps à sa victoire. Elles ne pouvaient vivre l'une sans l'autre. Du gruyère sans trou ne vaudrait même pas une vulgaire " crème-de " artificielle. Et des trous sans gruyère, qui serait assez fou pour investir en un seul ? Quant à de la croûte isolée...
Toute raison avait fui.
Tandis que Arie et Wlad continuaient leur nettoyage dans leur petit coin et la Grande Bouche un peu partout, JiPi II l'auréole gazouillait, Pénis le Grand éructait encore plus fort avec ses amis des Totaliterres. Mais personne ne savait toujours pas si la tête des têtes du Grand Enturbanné avait été éradiquée ou si elle fomentait encore des horreurs, dissimulée dans un trou de Gruyère secret. En fait, un gouffre gigantesque se creusait au cœur même de la planète, un puits pétrolifère aux puanteurs de raffineries, de massacres et de boucheries. L'urgence s'imposait de Boucher la Planète. Mais comment ?
Pour sa part la Grande Bouche se boucha le nez avec de la Fondue et but cul sec l'océan Hydrocarbure afin de soigner son allergie aphteuse. Elle avala du même coup, sans y prendre garde, l'arête centrale d'un poisson géant mazouté. Elle périt étouffée grande ouverte.

C'était la fin. Le monde, l'univers allait disparaître. Il aurait fallu lui faire le Bouche à Bouche, mais pour cela deux Bouches étaient indispensables, l'une soufflant en l'autre, hélas il n'y en avait plus qu'une, béante et désaffectée, tout juste bonne à servir d'égout.
C'était vraiment la fin, la fin des fins : tout était à refaire.
Mais Dieu lui-même venait d'expirer faute de Bouche. Il n'y avait plus personne pour refaire quoi que ce soit.