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LES ARCHIVES : LES PICOTINS - LES TRÈS PAUVRES HEURES
'âne Rouge se nourrit aussi de libres propos en tous genres dont il se délecte, ce sont ses Picotins préférés.
Ce nouveau parchemin électronique, qu'on voudrait nous faire croire issu des rives de la Cyber Morte, découvert par quelque archéologue discret dans une grotte insoupçonnée du WEB, vient encore d'échouer dans notre boîte.
Cette fois, nous savons quelle valeur attribuer à ce document, sans aucun doute apocryphe : il y transpire trop de ressemblances avec des événements récents pour qu'il provienne de l'aube lointaine de notre culture. Surtout le style, piètre tentative d'imitation d'ancien, sonne trop vulgairement actuel pour que nous soyons dupe.
Nous vous en faisons juge.
Si quelqu'un d'entre vous peut débusquer la supercherie et/ou en établir l'origine, qu'il nous le fasse savoir : on affichera. C'est dans ce but, et dans ce but seulement que nous le mettons en ligne ici.
Il va de soi que ce qui suit n'engage que la responsabilité de son auteur, tout anonyme et malveillant qu'il puisse être.

L'Âne Rouge

Les très Pauvres Heures de la Démograbgie aux prises avec le Grand Marché les imprécises menaces du Grand enturbanné et les divagations de la Grande Bouche
ù l'on ne sut guère comment réduire la misère tandis que Pénis le Grand Éructant connu le débandage et que l'hexagone ratatiné était transmuté en Chiraquie l'espace d'un scrutin.

Et où l'on verra en épilogue une seconde fin de monde après que la Grande Bouche et ses amis Arie, Vlad, Tony et les Autres eurent réussi l'éradication des populations gênantes, l'Écrasement du Tiers Monde, l'Effet de Serre, rendu la planète inhabitable et cependant raté leur Croisade contre le Mal.

n ce temps-là, la guerre du Gruyère n'était pas terminée et des conflits éclataient ou mijotaient un peu partout, sur terre, sur et sous mer et en l'air. La Grande Bouche, non contente d'avoir raté le Grand Enturbanné, voulait exterminer un nid terroriste non enturbanné mais fortement empétrolé et fomentateur, selon la rumeur, d'horribles armes.

Il semblait, en effet, s'avérer de plus en plus que le Grand Enturbanné n'avait pas été exterminé. On l'avait perdu de vue ainsi que le Molard Homard dont on n'avait même pas retrouvé la mobylette. Selon toute probabilité, l'un et l'autre, n'ayant pas lu Rabelais, ignorant qu'un jeune oison duveteux était le meilleur et le plus doux des torche-culs du monde, continuaient à se tamponner le fondement avec un rire sardonique et un coton humide en plein désert désertique hyper sec. Ce qui attestait de la plus radicale rupture culturelle qui se puisse être entre l'Orient et l'Occident. Ce que la Grande Bouche, à la réputation d'hyper puissance invincible, ne pouvait accepter. Elle se sentait perdre la face et le derrière, et fut, en conséquence, accablée d'une crise aigue d'allergie aphteuse ultra virale généralement réservée aux bovidés. Les démangeaisons purulaient jusque dans ses endroits les plus intimes et provoquaient chez elle une agitation divagante intense.

Dans le bureau ellipsoïde de sa Maison peinte en blanc cassé, elle vivait de terribles hallucinations pyramidales, que son entourage s'employait à cacher au bon peuple, grâce à une garde rapprochée capable d'exterminer discrètement tous les journaleux morfals qui tenteraient le scoop. Une nuit, elle rêva qu'une Égyptienne somptueuse mais voilée, l'avait enfermée dans une pyramide, ou qu'elle avait une pyramide à construire, elle ne se rappelait plus bien. Voilà plutôt, ce qui fut dit sur le divan : "Il était devenu inévitable que je construise une pyramide. L'Égyptienne devait construire avec moi. Nous commençâmes, mais cela était brusquement devenu un bloc de gruyère où chaque habitant des immeubles pentagonaux logeait dans un trou et nous regardait comme de sa fenêtre.

- Cette horrible guerre vous travaille encore, pointa le psychanalyste dans une interprétation lumineuse autant qu'inattendue. Mais la Grande Bouche n'entendit pas. Engloutie par l'hallucination du retour onirique, elle enchaîna :
"Leurs regards, convergeant vers nos ébats, plongeaient avec une indécence insupportable. Voilà que tels les rats de l'Homme aux du même nom du grand docteur Freud, ils se mettent à dévorer le gruyère ! Ils agrandissaient leur trou avec une frénésie stupéfiante. Même Orphée au chant si suave que les bêtes sauvages le suivaient, que les arbres et les plantes s'inclinaient vers lui, même le son de son hypnotique lyre, et de sa cithare magique furent sans effet sur cette légion de rats humains voraces et prolifiques. Leurs mandibules dévoratrices couvrirent bientôt le bruit d'une centaine de marteaux piqueurs. Voilà pourquoi je n'ai pas pu achever la Grande Pyramide. Pardonnez-moi."

- Pas de mal, laissa filtrer le psychanalyste laconique.

"Il n'y avait pas d'arrière-pensée cosmogonique ou métaphysique de ma part, seulement un manque de matière première. C'est alors que la pyramide inachevée rapetissa. Une voix, impérieuse quoique intérieure, m'apprenait que Néfertiti, l'immuable amour de mon enfance, dormait au c¦ur du monument. Le rétrécissement pyramidal prit une forme asymptotique, mais quand je mis la main sur la divine princesse, elle était si minuscule que la seule idée de l'épouser devint ridicule.
Je tentai d'inverser le phénomène. J'y parvins après de gros efforts de concentration, mais ne réussis pas davantage à le contrôler. La pyramide atteignit de telles proportions que je me retrouvai microscopique fétu dans le ventre immense d'une Néfertiti colossale. Le mariage restait tout aussi inimaginable. Et j'avais toujours la pyramide à terminer.
Comprenez-moi, docteur, cette princesse possède la lumière, la synthèse des synthèses de l'ancienne Egypte, civilisation du plein et du délié, du lié et du vide. Elle seule pourrait offrir la parole pacifique aux combattants déchaînés de cette guerre fratricide. Encore faudrait-il que je puisse la stabiliser. Je pressentais qu'il y a dans un désert intérieur une pyramide que personne n'a identifiée comme telle, sinon un explorateur français qui n'en est pas revenu. Cette pyramide est pleine de trous. Chacun d'eux est une entrée de galerie secrète. Dans ces galeries, des momies, elles-mêmes avec des trous d'où partent des galeries dans lesquelles sont des momies avec des trous d'où partent..."

La Grande Bouche s'enlabyrinthait dans un verbalisme que même un Dédale linguiste n'aurait su concevoir. Le psychanalyste sentait bien que le Minotaure logomachique allait encorner sa proie. Mais il s'en tint à un silence d'une prudence toute psychanalytique. La Grande Bouche, hallucinée, poursuivait.

"...Les pleins sont déliés, les secrets liés au vide, liés comme les momies dans les momies dans les momies dans les momies dans les... secrets bien gardés par toutes ces sentinelles à bandelettes molletières, thoraciques, cérébrales. Les secrets de toute civilisation sont liés dans des momies, les momies n'étant, bien entendu, qu'une forme métaphorique d'une loi plus générale. Les couloirs partent des trous et s'entrelacent à l'infini, sans jamais se couper ou interférer. Comme dans une pomme deux vers creusent leur galerie sans jamais se rencontrer. La topologie connaît bien cette figure."

- Certes, pointa finement le psychanalyste.

"Si Néfertiti a édicté le Grand Interdit de toute interférence, c'est parce qu'elle en a mesuré les terribles dangers. Si les combattants de cette horrible guerre pouvaient accéder à la lumière de cette parole, éblouis, ils déposeraient immédiatement les armes."

En ce même instant, sans relation de cause à effet, élections présidentielles et législatives agitaient l'Hexagonal ratatiné. En quatre dimanches printaniers l'Hexarose fut muté en Chiraquie libérale par la volonté du bon peuple cornard qui, pour sortir de Charybde, plongea tête baissée en Scylla. Il est vrai que, le premier de ces quatre dimanche, Pénis le Grand Éructant avait recouvert le territoire d'un nuage radioactif bidon que les trois suivants suffirent à dissiper en un grand débandage démograbgique.

Alors, le nouvellement réélu Président de la Raie Publique et son Nouveau Premier Ministre Baratin se mirent à réformer l'État, en réduisant le budget de la Recherche, de l'Éducation Nationale et de la Culture pour augmenter ceux des Soldats, des Policiers et des Juges, en diminuant les impôts des plus riches et augmentant l'essence de tout le monde. Tandis que leur Grand Inquisiteur, Nabozy, face à l'insécurité, avec ses tromblons à boules de caoutchouc dur annonçait qu'il allait tout nettoyer de l'Intérieur.

Les intellectuels et les grands clercs de l'État changèrent opportunément de veste et de caleçon. Un répliqueur de radio culturelle monologua ses imprécations devant ses interlocuteurs muets. Le grand médiologue médiologua. Il réalisa même une somme faisant de Dieu un itinéraire que le Guide du Routard refusa de publier.
Les médias intelligents diffusaient des débats impressionnants sur l'Occident face à lui-même et aux autres. Les plus fins experts présumaient que l'Orient allait faire perdre le Nord aux Riches États du Septentrion. Car Arie,Vlad, Tony, la Grande Bouche et les Autres n'en n'avaient toujours pas fini avec leur nettoyage.

Cela n'empêchait pas les transnationales de continuer à vider la planète, à transformer 90 % de la population en Tiers Monde. L'OMC, le FMI et la Banque Mondiale hurlaient de rire à se pisser dans les brailles au seul mot d'écologie. Tandis que les militants antimondialisation libérale agitaient leur moustache dans le vent.
Avalanches, trombes d'eau, fonte de la calotte polaire, disparition des continents, le déluge se pointait avec quelques millénaires de retard, à moins qu'il ne se fut agit d'un bis repetita, genre Éternel Retour. Alors, Grand Politicus accompagné de Grand Technocratus parla de survie de la planète, de développement durable, de ressources non renouvelables et organisa de Grandes Réunions Internationales où l'on causait, causait, causait.
Mais la Grande Bouche s'entêtait à boycotter tout cela, bien que tant grande au point de consommer à elle seule plus que tous les autres réunis.
Aussi, elle ne prêtait guère attention au conflit du plein et du délié, du trou et du gruyère, à ces carnages réciproques stupides, malgré le rêve et les injonctions de Néfertiti, car l'obsession qu'elle avait un turban empétrolé à exterminer coûte que coûte l'aveuglait.

En vérité, elle avait la vague impression que sa boulimie et ses démangeaisons mettaient la planète en danger de mort, mais dans son monstrueux égoïsme, uniquement préoccupé de satisfaire son onanisme buccal, elle ne pouvait se maîtriser. En vue d'une Terre devenue inhabitable, elle pensait à se satelliser avec les quelques rares parmi les plus riches pour éviter le danger psychiatrique de la solitude absolue. Fan inconditionnel de Star Trek, elle lança un programme mégalo pour réaliser son propre vaisseau "ENTREPRISE", prétendant ainsi gagner la Star War, oublieuse qu'elle était de se trouver du mauvais côté de la Force.

Il fallait que ce nouveau siècle soit religieux ou ne soit pas, Grand Orateur Emphatique l'avait prédit depuis longtemps. Et Saint JiPi II trimballait sa voussure tout autour de la planète ronde. Il béatifiait à tour de bras. Car, certes, on allait avoir besoin de toutes ces saintetés, quand Dieu Unique, petits dieux païens et la Terre elle-même en auraient assez de cette démangeaison humaine.
Mais le bruit ne courrait-il pas, depuis plus d'un siècle, que Dieu et les siens étaient déjà morts ? Et la rumeur s'amplifiait chaque jour que Dieu, quoi que défunt, faisait encore.